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Les Petites Histoires de Charles Didi : Cohésion sociale où es-tu ?

Lorsque j’allais à l’école primaire (EPP Songon Kassemblé), il y a de cela une trentaine d’années, j’avais pour voisins et camarades de classes des enfants de d’autres ethnies de la Côte d’Ivoire et même ceux dont les parents étaient venus des pays limitrophes de la terre d’Eburnie.

Avec l’insouciance qui sied à notre âge, nous jouions sans savoir qui était du nord, de l’ouest, de l’est, du centre ou du sud. Aussi qui était étranger, autochtones ou allogènes. Les parents venus chercher fortune vivaient en bonne intelligence avec leur tuteurs Atchans (Ebriés).

 

Entente cordiale, solidarité agissante, en tout un vivre ensemble, pas celui de la case, mais le vrai qui ferait pâlir de jalousie des nations de tolérance et d’acceptation mutuelle, tels que les Etats-Unis d’Amérique, terre de Melting Pot par excellence.   Ainsi donc, dans notre innocence juvénile et nos gloutonneries passionnelles, nous partions manger les uns chez les autres sans nous inquiéter de qui était ivoirien ou pas.

Nous ne demandions pas qui était Sénoufo, Samôgô, Djerzé, Gouro, Daffin ou Ebrié. Et nos parents liés par des amitiés dont les unions amoureuses sont venues renforcer la solidité des liens, nous encourageaient à persévérer dans cette voie. Car disaient-ils ‘’les liens d’amitiés sont plus forts que ceux du sang’’.

Voici donc le genre de scènes que l’on pouvait avoir dans cette bourgade qui m’a vu grandir et avec moi beaucoup de jeunes d’ici et d’ailleurs.  

 

A cette époque, un Ebrié pouvait avoir pour ami un Baoulé sans que cela ne soit vu de part et d’autre, comme un acte de trahison ou crime de lèse-majesté. Ceci est aussi valable pour un Burkinabé avec un Bhété ou un Gouro.

Personne ne pouvait spéculer sur une telle amitié qui à l’époque n’avait rien de suspect et n’était frappée d’aucun sceau d’interdiction. Au nom d’une certaine considération politique. Mais ça c’était avant. Eh oui bien avant l’éruption du volcan politique aux relents tribalo-ethnico-religieux en Côte d’Ivoire.

Ce ferment aux puanteurs lugubres, funestes et macabres qui a depuis l’avènement du vent venu de l’est (discours de la Baule) sensé apporté plus de liberté et de démocratie, indiqué aux ivoiriens et à tous ceux qui leur font l’amitié de vivre sur la terre d’Eburnie qu’ils ne sont pas des adversaires politiques.

 

Mais des frères ennemis qui pour montrer leur loyauté et leur indéfectible attachement à leur ‘’Gourous’’, pardon à leurs leaders, doivent boire dans le crâne du voisin  (l’expression est d’un baron de l’ex-rébellion) ou de l’ami d’hier.   Une situation qui a été exacerbée lors de la crise post-électorale où des contrôles au faciès ont conduits à des drames sans précédent.

Et depuis lors la Côte d’Ivoire est à la recherche d’une réconciliation et d’une cohésion sociale qui jadis a fait d’elle une terre enviée par le monde entier. Une cohésion sociale volée en éclats par les discours minables de certains politiciens qui ont fait du repli identitaire, leur porte de salut.  

 

Et en attendant que le tissu social soit ressoudé, les pauvres populations prises en otage continuent de se regarder en chiens de faïence, alors que leurs ‘’Gourous’’ sablent ensemble le champagne dans les salons feutrés et luxueux qui ne sont que les signes évidents d’un capitalisme insolent et impudique.

FREDERIC GORE-BI  

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